Chania

Repenser la décompensation

04-12-2018

Repenser la décompensation Durant les dernières décennies, où l’on se plaint souvent des méfaits du capitalisme. Des prix élevés des produits et de la limite d’accès aux matières de base. Certains poussent un cri de révolte contre la domination commerciale des puissances mondiales. Crise d’échanges à l’intérieur des pays en voie de développement. Que s’est-il passé pour que le Maroc en souffre davantage d’une gestion commerciale erronée ? Dans leurs déclarations publiques, comme dans leurs réunions administratives, les départements gouvernementaux ne cessent de jeter des coups de surprises aux citoyens marocains. Victimes de la cherté de fait de leurs positions sociales, avantage menacé en matière du pouvoir d’achat, plus exclus des programmes de réhabilitation en majorité mal édifiés. Les citoyens sont loin encore d’une vie digne, saine et honorée. En cause, des prix élevés des produits de base, des impôts alourdis faisant de la solidarité table rase et un surendettement obligé pour répondre à des exigences familiales.

Pour fonder une famille ou subvenir aux besoins des parents vieillis par le temps, le marocain doit travailler plusieurs années pour se juger capable d’entretenir un foyer. Pas question d’un projet quinquennal ou décennal d’ascension socioprofessionnelle. L’employé doit travailler durement des années durant pour atteindre la classe moyenne jugée au Maroc comme la plus chanceuse. Tout comme les produits pétroliers, l’Etat marocain négocie la décompensation des matières alimentaires de base sous le motif de compenser les domaines de la santé et de l’éducation. Une alerte sociale s’annonce. La proposition gouvernementale de décompensation ne rime pas avec le pouvoir d’achat du citoyen. Dans son ambition de sauver l’équilibre économique de l’Etat par de nouvelles mesures de décompensation, le Maroc ne semble pas apaiser les tensions. En effet, et au moment où les pays asiatiques tentent de réserver leur place au sein des marchés africains, le gouvernement marocain sème l’instabilité économique chez grand nombre de citoyens. Dans le monde de l’économie, les pays sont disposés à répondre aux directives du Fonds Monétaire International (FMI) et des autres instances onusiennes en vue de bénéficier d’un soutien et des crédits de développement.

Par ailleurs, les pays ayant une forte gouvernance économique réalisent de meilleurs résultats pour faciliter l’accès des citoyens aux produits de consommation de base. Et pour cause, la garantie par les Etats que leurs capitaux soient bien gérés. En ce millénaire des crises, le Maroc a réussi une certaine paix sociale mais avec une lourdeur économique accablante qui s’aggrave fortement. Toutes stratégies gardées, cette compensation des produits de base devrait rester opérationnelle aussi bien pour les classes moyennes que pour celles souffrantes de la profonde pauvreté. La croissance économique d’un pays est étroitement liée à la qualité de vie et à la production nationale qui dépend du budget d’investissement, des crédits alloués et des diverses transactions économiques qui devraient maintenir l’équilibre socio-économique. Les Responsables gouvernementaux aspirent à une croissance économique en prenant aussi au sérieux le dossier de la décompensation des produits alimentaires de base (sucre, farine, gaz de butane) et de la retraite avancée (63 ans au lieu de 60 ans) en vue de sauvegarder la survie respectivement de la caisse de compensation et celle de la caisse de retraite à l’horizon 2020.

Et c’est cette insuffisance prise en compte de la qualité de vie des citoyens marocains dans les politiques publiques de l’Etat, ce retard de développement social du Maroc qui font de lui un pays entre le marteau des programmes et l’enclume de leurs applications. Un pays entre l’attraction théorique et la réticence pratique. L’analyse approfondie et minutieuse des performances économiques du Maroc prouve encore un désintérêt envers le petit porte-monnaie qui n’arrive pas à accéder aux besoins élémentaires de la vie. De la privatisation, à la décompensation en passant par la surcharge fiscale, l’Etat marocain s’éloigne d’une étude réaliste des résultats du Recensement Général de l’Habitat et de la Population (RGHP) menée par le Haut-Commissariat au Plan (HCP) en 2014. Ces résultats pointent de doigt la présence de la pauvreté et de la précarité même au sein des villes et des grandes agglomérations. Les programmes publics liés aux besoins citoyens ne répondent pas aux normes d’une vie saine et digne à cause de la survie des opérations de fraude fiscale, d’absence de démocratie économique et du manque de solidarité monétaire.

Si le Maroc avait eu une classe du pouvoir d’achat, peu d’élèves auraient réussi ou gagné la note de vie décente. Une réalité qui contraste avec l’image véhiculée par une minorité sociale chanceuse qui transmet messages d’aisance et d’opulence vitale aux Etrangers. Une réalité chimérique à la lumière des politiques accablantes du gouvernement marocain qui tente la décompensation, la charge fiscale et la privatisation comme le triangle de « sauvegarde » de la balance économique de l’Etat. Finalement, on ne parle de succès que quand on s’alourdit ou pire encore on brise le pouvoir d’achat des citoyens modestes. Si modèle marocain de développement il y’a, il ne peut être réussi que si les Marocains bénéficient des programmes de soutien et de réhabilitation sociale. Loin des discours arides et programmes rigides.  L’Etat doit penser à maintenir la dignité économique du citoyen. Le Maroc a montré par les actes que le progrès est possible. Il a réussi à établir des programmes et politiques de développement (Code de la famille ; Code du travail ; Initiative Nationale du Développement Humain (INDH) ; Plan Maroc Vert…) grâce à des stratégies novatrices. Pourtant, le chemin est encore long pour garantir la dignité économique et maintenir la croissance socioprofessionnelle des Marocains. Penser à décompenser les matières alimentaires de base n’est pas la solution pour le progrès, car tout progrès basé sur l’appauvrissement des pauvres ou sur l’atteinte au pouvoir d’achat est promu à l’échec. Il suscite même des émeutes sociales sanglantes qui pourraient déstabiliser la cohésion sociale. Asmaa ATTARCA Asmaa ATTARCA.

Romuald

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